Les déliés, Sandrine Roudaut

éditions de la mer salée – 2020

Thématiques abordées :
décolonisation des imaginaires, mobilisation citoyenne « underground » et « overground », résistants et refusants, éloquence politique et poétique, défense et illustration de l’utopie, dictature IA bienveillante, expérience d’une réduction de la place du numérique et des réseaux sociaux, vie itinérante, défense des mots, attention aux sensations.

Type de récit :
Récit d’anticipation entre roman et essai politique, délibérément non-dystopique.

L’autrice franchit un cap en passant des essais au roman. Elle avait publié un essai remarqué les suspendu(e)s. On partage ici le combat de cinq jeunes femmes (et de quelques hommes) sur plusieurs années – avant et après IA, la référence temporelle qui remplace JC ! – de leur intuition inaugurale (« adopter » des mots et les choisir en remplacement des noms de famille) en passant par la mise en place de la plate-forme, des caravanes et des liens-lieux qui donnent au monde entier un soutien réticulaire pour l’adoption de modes de vie réellement soutenables jusqu’aux déliements permis par une longue décolonisation des imaginaires malgré/grâce à l’arrivée au pouvoir de big mother. Les allers-retours entre les différentes époques du combat permettent progressivement de comprendre la nature de l’IA à qui a été confié le pouvoir, faute aux gouvernants d’engager les transitions nécessaires. L’essentiel du roman, en dehors de quelques pauses bienvenues dans les splendeurs tranquilles des petits-matins marocains – dans le désert ou face à l’Atlantique, se passe en discussions fiévreuses entre les personnages qui s’opposent sur les stratégies permettant de mener à bien leur combat commun.

C’est avant tout un combat pour installer un nouveau récit collectif avec des « reconteurs » qui sillonnent le monde en proposant des nuits et des nuits de récits et de débats. Sandrine Roudaut sait parfaitement manier l’éloquence de ces passionnés qu’ils soient partisans de la légitime violence, de la stratégie de la paix ou d’une combinaison underground et aboveground.

Le groupe des cinq filles – ce n’est pas spoiler l’histoire – sera nécessairement divisé sur les choix à faire, particulièrement quand viendra le temps de contribuer à ce que l’IA fasse les bons choix ou de lutter par principe contre toute abdication de la liberté de choisir au fondement de l’humanité.

On découvre chemin faisant mais sans que l’autrice ne s’y appesantisse les manières de communiquer par cyclopodcasts, le rapport à la nuit retrouvée des villes sans éclairage nocturne. La description de la ZAD de Paris est à peine plus développée mais donne à voir ce que pourrait être une zone urbaine qui s’affranchirait de la voiture et de la vitesse.

Genre hybride, le roman de Sandrine Roudaut ne sera sans doute pas accessible à toutes celles et tous ceux que la politique rebute (même entièrement réinvestie) et c’est dommage. Il faudra sans doute attendre qu’une série soit tirée de son œuvre et diffusée sur les plateformes ! En revanche pour tous ceux qui adorent la politique, il y a une belle anthologie de discours politiques nuancés et radicaux (c’est possible, eh oui !)

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