De nouveaux imaginaires pour le grand âge

Rencontres des partenaires Hizy
8.10.19

En 2040, le monde changé : les ressources naturelles se font rares et certaines sont même épuisées. L’énergie est un bien précieux, que l’on n’emploie pas à la légère. Les crises climatiques répétées provoquent des ruptures dans l’accès à certaines ressources, et les gens se déplacent massivement pour trouver ce dont ils ont besoin ou envie. C’en est fini de l’opulence, place à la frugalité et à l’optimisation. De nouvelles formes d’entraide s’organisent entre des gens qui cherchent l’autosuffisance. Dans le même temps, de nombreuses tâches et activités sont désormais automatisées : humains et machines cohabitent au quotidien. Pour échanger et se rencontrer, les gens n’utilisent plus vraiment Internet, dont ils ont vu les travers et les défaillances, et privilégient le contact réel au virtuel. L’utilisation de la voiture thermique individuelle est devenue un luxe, voire un vice. Les gens sont très mobiles mais dans l’hyperproximité : certains mènent des existences quasi-nomades, en passant d’un lieu de vie ou d’une activité à l’autre, dans des parcours de vie plus fluides et volatiles.

Lors de la journée de Rencontre des partenaires d’Hizy du mardi 8 octobre 2019, l’équipe de l’Imaginarium-s a animé un atelier pour créer de nouveaux imaginaires du grand âge. Les participants se sont immergés dans le futur et ont dessiné les contours de ce monde différent où les vieux jouent de nouveaux rôles : leur rapport au travail et à l’activité, leur rapport aux autres, leur rapport à la nature, ont évolué. En 2040, on est loin du début du siècle où les vieux se sentaient diminués et mis à l’écart ! Les récits présentés ci-après, donnent à voir des futurs désirables où les vieux sont des parties prenantes incontournables de la société. À partir d’un jeu de contraintes décrivant ce monde de demain (ruptures sociétales), les participants ont créé des saynètes réalistes et joyeuses de la vie d’une personne de 80 ans dans une situation quotidienne concrète. Ils ont fabriqué des maquettes en LEGO et nous ont raconté ces histoires, les lieux de vie, les relations et les activités de ces vieux de 2040.   

Sans voiture, Simone !

Situation quotidienne : Rendre service, aider
Ruptures sociétales : Déclin de l’usage des automobiles thermiques individuelles

Simone a 80 ans et se trouve très en forme pour son âge. Elle est pleine d’énergie et continue à être très active. Elle est infirmière depuis… près de 60 ans ! Et elle ne compte pas s’arrêter : son métier c’est toute sa vie. En revanche, elle ne peut plus se déplacer comme avant. Elle se fatigue plus vite et l’essence est très chère, il est désormais rare de croiser une voiture sur les routes. Simone a conservé sa 206 de collection, mais elle est au garage depuis belle lurette. Elle l’a d’ailleurs transformé en un lieu d’expérience immersive, façon « Retour vers le futur ». Avec ses amis octogénaires, ils s’y retrouvent de temps en temps pour y prendre des substances hallucinogènes en regardant l’écran qui y installé et qui diffuse des images du monde d’avant. C’est son petit espace de nostalgie, qu’elle est ravie de partager avec d’autres, pour se rappeler leurs jeunes années. Simone a réinventé le métier d’infirmière ou de médecin de campagne : ce sont maintenant les patients qui viennent à elle. Leur déplacement fait partie intégrante du programme de santé qu’elle a mis au point. Certains viennent en marchant, parfois en groupe, d’autres en fauteuils roulants. Certains encore sont emmenés par des jeunes, en cyclo-pousse ou en véhicule électrique (une partie de l’énergie nécessaire est d’ailleurs produite par les efforts d’autres habitants dans les salles de sport de la ville !). L’aide à la mobilité est devenu un métier d’avenir, beaucoup de jeunes en font leur activité. Simone est très heureuse de pouvoir continuer à prendre soin des autres. Ses consultations sont à prix libres, mais les gens donnent largement assez ! Pour bien gérer son activité, elle a installé une balise au-dessus du local où elle reçoit ses patients pour indiquer si elle est disponible ou non.

Le doux commerce

Situation quotidienne : Acheter, faire ses courses
Ruptures sociétales : Déclin des usages d’Internet et du numérique

Comme de plus en plus de gens, Ernestine s’est installée à la campagne. Les villes, trop chères et polluées, se dépeuplent. A 82 ans, elle a trouvé une petite maison avec un jardin sur le toit où elle cultive son potager. On ne trouve d’ailleurs plus une maison qui n’ait pas le toit voire les murs végétalisés aujourd’hui ! Ernestine laisse régulièrement les légumes et herbes aromatiques qu’elle fait pousser dans l’Espace Ressources situé sur la place du village, où tous les habitants du quartier peuvent venir déposer et prendre quelque chose gratuitement, ou encore proposer des services bénévoles et partager des savoirs. Un panneau recense les propositions et demandes de chacun et cela facilite les rencontres ou le troc. C’est comme ça qu’Ernestine a pu échanger son vieux grille-pain qu’elle n’utilisait plus contre un stock de café et de chocolats, denrées rares, ramenées d’un long voyage par un voisin. Faire ses courses est devenue une activité collective, un moment de rencontre, tout comme se déplacer. Parce que l’énergie est précieuse, les gens n’utilisent presque plus la voiture individuelle ou les services de livraison à domicile. Autant dire que les moins de 20 ans n’ont jamais connu Amazon Prime ou Uber Eats ! Ernestine s’en réjouit, car s’approvisionner est désormais une activité sociale, que l’on fait avec ses voisins. Pour les besoins du quotidien, en plus de l’Espace Ressources, un market truck vient deux fois par semaine livrer des produits sur la place du village. Ernestine guette son arrivée depuis son toit, c’est toujours un moment de fête où tout le monde accoure. Ça lui rappelle sa jeunesse où il y avait déjà des épiciers ambulants, avant qu’ils ne se fassent remplacer par les grands supermarchés et la vente en ligne. Pour les besoins plus exceptionnels, Ernestine se déplace. Mais toujours un groupe ! Il faut attendre que plusieurs personnes aient besoin de s’approvisionner pour utiliser le système de transport mutualisé. Elle adore prendre la navette fluviale solaire, c’est comme partir en voyage, mais pour aller acheter des draps ou des vêtements, au point de vente le plus proche. Des gros bus électriques permettent aussi d’amener les gens du village faire leurs courses pour tout ce qui ne se trouve pas en circuit court.

Jean-Louis et sa communauté : à la vie, à la mort

Situation quotidienne : Préparer le repas
Ruptures sociétales : Multiplication des crises climatiques

A 85 ans, Jean-Louis ne s’est jamais aussi senti entouré et « a sa place » comme il dit depuis qu’il a emménagé dans l’immeuble. On s’y sent en famille. Chaque résident a son propre foyer mais contribue, à sa façon, à la vie de la communauté. Le rôle de Jean-Louis c’est de préparer les repas et de s’occuper des enfants dont les parents sont au travail. Il passe plusieurs heures par jour dans le « repaire », la cave de l’immeuble, aménagée comme un espace de vie collective, sécurisé et autonome en cas de confinement les jours de cataclysmes. C’est une grande salle, feutrée, propice au calme et aux imaginaires. Tout en cuisinant avec les enfants qui s’impliquent aussi dans les tâches domestiques, Jean-Louis aime leur raconter des histoires. Il apprécie le contact avec la communauté, les enfants, mais aussi les autres vieux et les résidents en situation de handicap qui ne peuvent pas aller travailler à l’extérieur. Il sait qu’il est indispensable à la communauté, et il aime partager, ses idées de recettes et ses anecdotes sur le monde il y a 50 ans. Il explique souvent qu’avant, on pouvait utiliser l’énergie tout le temps, et se déplacer autant qu’on voulait… une folie ! Avec le rationnement et les épisodes climatiques extrêmes, la communauté a droit à une heure stable d’électricité par jour, de 17h à 18h. C’est donc le moment où tout le monde descend dans la cave, faire la lessive, passer un coup de fil, etc. C’est l’heure de pointe ! La communauté s’y est très bien habituée et fonctionne en autonomie de manière très bien coordonnée. L’immeuble comprends un potager où l’on cultive fruits et légumes mais aussi des herbes médicinales et du cannabis. Depuis une dizaine d’années un rituel mortuaire est même organisé sur place. Le cimetière collectif, à côté de l’immeuble, permet aux habitants décédés de continuer à servir la communauté même morts, en servant de « compost humain ». La mort n’est pas un tabou, bien au contraire, pour la communauté elle fait pleinement partie du cycle de la vie.  

Les aventures d’une guérisseuse itinérante

Situation quotidienne : Prendre soin de soi
Ruptures sociétales : Déclin de l’usage des automobiles thermiques individuelles

Les voitures sont progressivement devenues « has been », et bien trop chères. Marguerite a suivi le mouvement de retour à la traction animale. Elle a converti son garage en étable pour accueillir son cheval. Il est désormais un compagnon indispensable à son quotidien : pour s’occuper de son jardin où elle cultive notamment des plantes médicinales, et pour se déplacer. Marguerite est retraitée depuis près de 20 ans, mais ça n’est pas pour autant qu’elle est inactive. Elle prend juste son temps. Tous les jours ou presque, elle part en promenade avec son cheval et une sacoche pleine de plantes médicinales, au cas où elle ait besoin de soigner des gens croisés sur sa route. Elle part un peu à l’aventure, elle se laisse porter au grès des rencontres. Elle apprécie de prendre son temps pour se déplacer. Tout le monde se comporte d’ailleurs comme elle, les panneaux et les feux de circulation ne sont plus en vigueur, chacun fait comme bon lui semble et partage l’espace public de manière harmonieuse. Quand on croise quelqu’un, on s’arrête et on discute. Marguerite se rend régulièrement à la bibliothèque municipale de la ville voisine pour faire des conférences sur les bienfaits de la culture des plantes médicinales à la maison. Elle laisse alors son cheval à l’entrée de la ville, et utilise les transports collectifs : la calèche urbaine. Elle se souvient qu’une fois elle avait croisé un drôle de personnage, un homme augmenté, avec une combinaison sophistiquée et une hélice sur la tête. Il disait qu’il pouvait concentrer son énergie dans le haut de son crâne et s’envoler dans les airs. Après avoir discuté rapidement avec lui, il lui avait proposé d’aller faire de la promotion pour sa conférence. Ça avait tellement bien marché que, ce jour-là, elle avait fait salle comble ! Même des ados télépathes étaient venues l’écouter, c’est dire… Marguerite apprécie beaucoup son quotidien, qui n’a rien d’une routine, mais est au contraire fait de rencontres et de hasards. Avec tous les gens qu’elle croise et ses conférences, elle entretient sa mémoire. Le soir, elle partage parfois des recettes pour des décoctions ou des plats sur sa chaine Youtube qui est très suivie par les habitants des alentours.

Les joies de la copro

Situation quotidienne : Pratiquer un loisir
Ruptures sociétales : Epuisement de certaines ressources naturelles

Tout le monde n’était pas d’accord, mais le syndic de la Copro a décidé à la majorité de transformer la piscine, inutilisable à cause des restrictions sur l’usage de l’eau, en espace de loisir. Le bassin accueille désormais un potager qui est cultivé selon les principes de la permaculture enseignés par Odile. Cette copropriétaire nonagénaire, à l’initiative du projet, peut partager et mettre en œuvre son savoir en matière d’agronomie. Elle fait régulièrement visiter le jardin qui est luxuriant aux visiteurs des habitants de la copro ou à des voisins. Tous les habitants qui le souhaitent peuvent participer à l’entretien du jardin. Et il faut dire que les vieux sont les plus actifs ! Même celles qui étaient réticentes au début, regrettant les bienfaits de de la baignade, apprécient les moments de convivialité autour du potager. Karine répète encore souvent que c’était mieux avant dans la copro, mais tout le monde voit bien que depuis qu’elle s’implique dans la préparation des repas collectifs, elle est très en forme et râle même moins ! Mélissa, 85 ans, a toujours été une bonne vivante. Elle connait tout le monde dans le quartier, et adore improviser des repas dans l’espace partagé avec les familles voisines et les étudiants qui habitent en face. Certains jours, on se croirait à une vraie fête de famille ! Anthony se rappelle ses jeunes années comme ingénieur et est fier de d’organiser des démonstrations du four solaire qu’il a construit et il vante les mérites de son ingénieux système de récupération de l’eau de pluie. Petit à petit, le système de culture s’est perfectionné pour utiliser le moins de ressources possible. Les graines sont par exemple soigneusement conservées pour pouvoir être replantées l’année suivante. Cet espace est devenu un lieu d’activités et de vie qui rassemble les générations, et où ceux qui ont le plus de temps peuvent s’investir comme ils le souhaitent. Il y a toujours quelque chose à faire : jardiner, ranger, laver, préparer à manger… on ne s’ennuie jamais ici! La Copro a même décidé d’ouvrir le lieu aux gens du quartier, et maintenant tout le monde se connait.

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