L’école des soignantes

Thématiques abordées :
hôpital, formation des soignants, écoute et empathie, féminisme, récits de vie

Type de récit :
description d’un hôpital utopique et de son école de professionnel.le.s de santé, entre les années 2034 et 2039 C’est une narration tissée de dialogues, d’informations, d’émotions, de réflexions, d’anecdotes, de retournements, de valeurs et d’espoirs. Un livre fait pour balader, émouvoir, intriguer, provoquer, étonner, réconforter, encourager des lectrices et des lecteurs, et si celles-ci en ont envie, les inciter à en lire plus, à écrire et à inventer à leur tour. (Blog de l’auteur)

Résumé:
2034. Hannah Mitzvah quitte son activité de codeur (c’est un homme !) et émigre à Tourmens pour se former au soin. Là, on ne soigne pas comme ailleurs : dès 2022, un mouvement féministe a transformé le CHU en CHHT (Centre hospitalier holistique  de Tourmens), hôpital-école expérimental.e qui révolutionne l’apprentissage du soin en donnant la parole aux malades qui deviennent des « soignées-formatrices ». La hiérarchie médicale est abolie, il n’y a plus que des soignantes et des soignées. Au féminin par parti-pris féministe que l’auteur justifie ainsi : si l’on parvient à répondre de manière appropriée et égalitaire aux besoins des femmes, depuis des millénaires négligées et méprisées par le corps médical, on saura répondre aux besoins de toutes les personnes. Winckler décrit précisément et donne à voir pratiquement une organisation des soins où il ne reste que trois professions les soignantes pro, les panseuses, les officiantes. Les départements ne sont plus distingués par les maladies des organes (cardio, pneumo, ORL,…) mais par les situations et les particularités des soignées (p. 31 et suivantes).

Martin Winckler, P.O.L 2019


A l’École des soignantes, Hannah apprend que pour avoir le droit de pratiquer les gestes les plus sophistiqués (opérer une tumeur du cerveau), on doit d’abord apprendre à délivrer les plus simples : aider une soignée à se lever, se laver, se nourrir mais aussi panser, et écouter les personnes et respecter leurs aspirations.
Au bout de quatre années, Hannah entre en résidence au pôle Psycho, département dans lequel exerce désormais Djinn Atwood, l’héroïne du Chœur des femmes qui avait elle-même fait sa mutation personnelle au contact des pratiques empathiques de Franz Karma, dont L’école des soignantes est une suite anticipée. L’enclave de soin empathique que constitue le CHHT doit encore faire ses preuves dans un monde qui reste dominé par le système que nous connaissons aujourd’hui.

La dimension paranormale (ou SF) du livre – le pouvoir du narrateur de sentir l’avenir de la personne qu’il touche et d’entendre en lui ses ancêtres (les mélopées) – permet de mettre l’accent sur l’importance de l’attention à l’autre comme à l’autre qui est en soi. Il s’agit donc moins d’un quelconque super-héros que d’un homme ordinaire dont les facultés sont décuplées avec l’obligation pour lui de ne pas en faire un usage abusif. Une belle contre-proposition à l’homme augmenté du transhumanisme !

Un des attraits de cet ensorcelant ouvrage au climat fantastique, nourri de folle modernité comme d’éternel archaïsme, est de constamment évoquer combien nous avons besoin d’histoires pour vivre. Vraies ou fausses. Nous en sommes construits, nourris. Elles nous forgent. Nous hantent. Nous apprennent à rêver comme à résister. Hommage aux femmes ou à la littérature alors, que cette Ecole des soignantes? Mais si femmes et littérature étaient mystérieusement liées…

Fabienne Pascaud, Télérama, mars 2019

Autre dimension importante du livre, la place donnée aux histoires, aux récits de vie à partir de la pratique d’Hannah qui note les histoires des soignées pour pouvoir leur restituer et les aider à trouver du sens à ce qu’elles vivent.

Qu’est-ce qui nous accompagne et nous réunit? Qu’est ce qui nous aide à lutter contre la peur, la douleur, la solitude, la faim, le désespoir ? Qu’est-ce que nous partageons chaque jour sans jamais nous appauvrir ? Qu’est-ce qui nous aide avancer individuellement et en groupe ?

Les histoires. Des histoires vraies, des histoires inventées. Des histoires qui nous réconfortent, celles qui nous préviennent. Les histoires qui nous révoltent et nous donnent envie de nous battre. Des histoires qui nous émeuvent et nous rendre fortes et nous empouvoirent.

Laisser un commentaire