Siècle bleu

Jean-Pierre Goux, 2012 réédité par les éditions La mer salée, 2018 – tome I : au cœur du complot, tome II : ombres et lumières

Thématiques abordées : modalités de basculement d’un état du monde à l’autre, importance des récits collectifs, combat écologique, importance des connexions au vivant (évocation du projet biosphère 2, culture Navajo et chamanisme)

Type de fiction : thriller écologique

Avec les deux tomes épais de Siècle bleu, on se retrouve embarqué dans l’univers du thriller : activisme écologiste, conquête de la Lune, rivalité Chine Etats-Unis, site expérimental de biosphère2, chamanisme, décryptage de codes, mafias, raréfaction des ressources naturelles, paradis bancaires, menace nucléaire, tout y est.  Mais au-delà du thriller, Siècle bleu est une anticipation d’une révolution écologique. Cette double nature du livre tient beaucoup à l’entrecroisement de deux récits.

A côté du couple d’activistes écologiques, Abel et Lucy qui luttent contre les différents pouvoirs qui s’allient pour les éliminer, il y a Paul, l’astronaute bloqué sur la Lune qui décrit sur son blog son rêve d’un siècle bleu, porté malgré sa situation dramatique par l’ « overview effect », ce syndrome qui touche tous les spationautes quand ils découvrent la beauté, la petitesse et la fragilité de la Terre dans l’immensité de l’espace.

C’est de l’interaction entre les deux combats pour la survie, sur Terre et sur la lune, que nait un mouvement planétaire qui fait basculer l’humanité.

Jean-Pierre Goux l’évoque ainsi sur le site M. Mondialisation :

Ce roman raconte comment en 28 jours le monde pourrait changer, comment le paradigme dominant pourrait être inversé. Tous les ingrédients sont aujourd’hui réunis pour un grand effondrement, mais aussi un grand émerveillement. L’intrigue s’articule autour de deux personnages, le premier est un éco-activiste clandestin (Abel) qui veut changer le monde avec son mouvement Gaïa en s’attaquant pacifiquement aux États, aux multinationales, aux militaires. Il tente de déclencher une révolution planétaire. Son meilleur ami, Paul, est un astronaute bloqué sur la Lune. Ce dernier est frappé par la beauté de la Terre depuis l’espace. Il partage ses réflexions écologiques avec l’humanité via son « blog spatial ». C’est l’autre héros du livre. Abel et Paul vont peut-être changer le destin de l’humanité…

Siècle Bleu, le livre, se veut un acte de résistance et de réenchantement qui se poursuit dans la vie réelle au travers d’une communauté active grâce aux réseaux sociaux et d’un programme, blueturn, qui donne à voir la rotation de la Terre depuis l’espace, une découverte personnelle ou collective de l’overview effect.

Le projet de Jean-Pierre Goux s’inscrit parfaitement dans la démarche de l’Imaginarium-s en ce qu’il montre que la fiction est une ressource efficace pour ouvrir les consciences. Il est également convaincu que « les récits utopistes doivent prendre le pas sur les dystopies afin de libérer l’imaginaire et l’action ». Siècle bleu tente la démonstration qu’une autre histoire est possible, créatrice de désir.

Le « manifeste Gaïa »,  que l’organisation fondée par Abel le héros de Siècle bleu est censée avoir publié, sert d’envoi, à la fin du deuxième tome.

Un dernier secret. Notre espèce détient un pouvoir singulier qui la distingue de toutes les autres et qui lui a permis de se hisser tout en haut de la pyramide, pour le meilleur et pour le pire. Un pouvoir surnaturel à la puissance inégalée : nous sommes capables d’imaginer et de partager des histoires qui structurent la réalité et nous permettent d’agir ensemble. Aujourd’hui ce récit basé sur la consommation, la croissance et l’argent nous conduit vers l’abîme. Nous l’avons placé au-dessus des lois de la nature. Or, tout ceci n’est qu’une illusion. Si nous comprenons que notre réalité est structurée par cette fable, nous avons gagné. Il suffit simplement d’en écrire une autre. La crise que nous traversons est une crise narrative.

Pour accompagner ces millions de révolution et tracer un chemin vers ce futur en gestation, nous avons donc besoin d’un nouveau récit collectif basée sur la beauté et le rêve plutôt que la peur et la culpabilisation. Un récit à la hauteur des enjeux auxquels nous devons faire face. Un récit qui montre les valeurs dont nous aurons besoin pour réussir. À nous de l’écrire ensemble. Ce récit devra être enthousiasmant et d’une incroyable solidité car les forces qui tenteront de nous en détourner seront multiples et prodigieuses. Ce récit sera notre plus grand levier pour changer le système. Écrivons ensemble ce que sera demain.

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