Nouveaux imaginaires : une quête largement partagée

Vous n’avez pas pu échapper à la montée en puissance du mot « imaginaire » dans le discours public. L’imaginaire fait recette. Plus encore l’expression « nouveaux imaginaires » au pluriel et sa déclinaison « nouveau récit », souvent au singulier.

Au sein de l’Imaginarium-s, nous sommes bien entendu attentifs à ce qui se publie sur le sujet et nous collectons depuis plusieurs mois les citations sur ce sujet venant d’acteurs très différents : une juriste reconnue comme Mireille Delmas-Marty, un économiste critique comme Eloi Laurent mais aussi des personnalités plus médiatiques comme le réalisateur écolo Cyril Dion ou l’écrivain de SF Alain Damasio…

En voici un petit florilège, classé autour de quatre thématiques.

1- Sortir de la dystopie, désincarcérer le futur

Minifeste du collectif Zanzibar : Malgré les outils de prospective et les cabinets de futurologie des grandes entreprises, malgré l’omniprésence du discours voulant que demain soit pareil à aujourd’hui, à hier, ou ne soit tout simplement pas, nous restons convaincus que nos avenirs – communs et individuels – nous appartiennent, et que nous avons le pouvoir de les imaginer de jouer avec, de les expérimenter et les construire à notre guise. Nous sommes un collectif d’auteurs de science-fiction. Nous rêvons nos textes comme des endroits où se rencontrer où penser et commencer à désincarcérer le futur.

Eloi Laurent Comment sortir du piège ? En opérant un retournement de l’imaginaire. En cessant de penser que l’écologie est le problème et le numérique la solution. C’est exactement le contraire. En atrophiant les relations sociales, en nous faisant vivre dans l’instantanéité permanente, le numérique constitue une ¬entrave à la coopération comme quête de connaissances partagées. Si l’on veut mener la guerre pour le temps long, accélérer la transition écologique et retrouver des horizons au-delà de 2030, il faut donc décélérer la transition numérique.

Jacques Testart  Un nouveau récit est indispensable parce que le récit transhumaniste est tout à fait recevable, surtout par les jeunes. Il faut pouvoir montrer que ce n’est pas comme ça que nous avons envie de vivre. Il faut donner autre chose à rêver.

2- Eviter l’utopie ou le mythe et les fausses pistes

Myriam Revault d’Allones  Myriam Revault d’Allones – Lorsque s’efface la distinction entre vrai et faux, entre fait et fiction, l’imagination elle-aussi dépérit. Il ne s’agit donc pas tant de «survivre» que d’imaginer d’autres (de nouvelles) manières d’habiter le monde ou, si l’on préfère, d’explorer les possibles liés à la puissance de l’imaginaire.

Mireille Delmas-Marty  Pour gouverner un monde instable et fragmenté sans Etat mondial, nous n’avons besoin ni d’une utopie nouvelle ni de nouveaux mythes, mais de renouveler nos imaginaires par des récits d’anticipation. […] Encore faut-il faire le bon choix, car plusieurs ­récits s’entrecroisent et s’entrechoquent.

3- Convoquer des ressources autres que la seule rationalité

Daniel Kaplan La fiction mobilise volontiers les affects, les émotions, les sens, permettant d’envisager des situations que la discussion rationnelle rejettera d’emblée.

Pablo Sevigne Le défi de changer de récit pour notre époque est immense. C’est un défi qui oblige aussi les « usagers » de l’art à se décomplexer pour s’engager sur des terres habituellement réservées aux sciences.

4- Se donner de la puissance pour agir en mobilisant joie et action collective

Cyril Dion  Une véritable bataille culturelle, politique est à mener pour transformer nos imaginaires, nos démocraties, autant que nos économies et nos modes de vie.

Alain Caillé – Ce qui fait la force principale des forces de destruction n’est rien d’autre que notre impuissance apparente à définir une autre raison du monde, à dessiner les contours d’un type de société alternatif, à la fois plus séduisant et plausible. Un monde de créativité partagée. […] Ce monde existe déjà à travers de centaines de milliers de révolutions tranquilles. ll reste à lui faire prendre pleine conscience de lui-même, de sa cohérence et de sa puissance »

Jean-Pierre Goux Pour accompagner ces millions de révolution et tracer un chemin vers ce futur en gestation, nous avons donc besoin d’un nouveau récit collectif basée sur la beauté et le rêve plutôt que la peur et la culpabilisation. Un récit à la hauteur des enjeux auxquels nous devons faire face. Un récit qui montre les valeurs dont nous aurons besoin pour réussir. À nous de l’écrire ensemble. Ce récit devra être enthousiasmant et d’une incroyable solidité car les forces qui tenteront de nous en détourner seront multiples et prodigieuses. Ce récit sera notre plus grand levier pour changer le système. Écrivons ensemble ce que sera demain.

N’hésitez-pas à partager les vôtres !

Laisser un commentaire