Les falsificateurs / Les éclaireurs / Les producteurs

Antoine Bello, trilogie parue aux éditions Gallimard entre 2008 et 2015

Thématiques abordées : la puissance de la fiction, l’intérêt de ne pas avoir de motivation unique pour agir, la possibilité d’introduire plus de concorde entre humains (cf. L’invention d’une civilisation maya pacifique)

Type de fiction : thriller, politique-fiction, qui donne à voir la puissance de la fiction dans la construction de la réalité puisque les évènements historiques peuvent être falsifiés

C’est l’histoire d’une organisation secrète internationale, le CFR (Consortium de Falsification du Réel), qui falsifie la réalité mais dont personne ne connaît les motivations. Plusieurs événements historiques seraient ainsi des supercheries : Laïka, la première chienne dans l’espace ; les Vikings qui découvrent l’Amérique avant Colomb ; des fausses archives de la Stasi ; le 11 septembre… On voit à ce dernier exemple qu’on pourrait tomber dans le complotisme le plus glauque mais ce n’est pas le propos de l’auteur. Si le CFR introduit dans la réalité des « falsifications » pour changer le cours de l’histoire, on comprend qu’il n’y a pas de projet capable d’embrasser tous les continents et de traverser le temps, s’il ne renonce à affirmer une orientation précise à son action. Toute définition des buts serait par nature excluante et donc condamnerait l’entreprise à se dévitaliser ou à se scinder en de multiples obédiences (comme les religions). L’universalité provient ici moins de l’affirmation nette de buts et de valeurs que de la commune acceptation des orientations de chacun des membres : il y a une communauté organisée d’aspirations diverses plutôt qu’un alignement sur une ligne prédéfinie. Il faut lire les pages qui suivent la révélation (p. 376 du tome 2 Les éclaireurs), la démonstration, dans le dialogue entre le héros et les membres du comex de l’organisation, est savoureuse.  La mise en commun des aspirations à l’émancipation des jeunes qui rejoignent le CFR et le dialogue organisé entre ces projets personnels au sein du Comex qui réunit 6 personnes extrêmement différentes permet une forme d’universalité opératoire.

Sur l’intrication de la fiction et de la réalité dans nos vies, il faut lire le dialogue entre Sliv, le narrateur, et Ignacio Vargas son coach hollywoodien (p.146 et suivantes du tome 3 Les Producteurs) ! C’est une bonne leçon de sciences cognitives et l’on se rend bien compte à travers l’exemple pris que nous recomposons sans cesse la réalité en relatant nos souvenirs. Et nous finissons par croire ces versions successives plus vraies que la vérité des faits.

Dans l’optique de l’Imaginarium-s, la dernière dimension que je veux retenir de cette trilogie foisonnante, c’est l’invention d’une civilisation d’origine Maya qui mise sur la concorde pour sortir des cycles de violence de la civilisation mésoaméricaine. La concorde, ce n’est pas l’absence de conflits ou l’amour universel mais simplement la capacité à se mettre à la place de l’autre. Il invente un codex qui donne les règles d’organisation de cette concorde avec l’obligation régulière d’échanger pratiquement de lieu d’habitation. (p. 269 puis P. 369 du tome 3 Les producteurs).
Le potentiel de transformation de la « révélation » des Chupacs n’est qu’esquissé par l’auteur qui fait dire à un de ses personnages : « Nous ne façonnons pas vraiment la réalité, nous ne faisons que mettre en mouvement des forces qui nous dépassent. Je suis certain que les Chupacs trouveront leur place dans l’histoire aux côtés des autres grandes civilisations pas à cause de nous mais parce qu’ils portent un message essentiel ».

Contacté, l’auteur nous laisse libre d’imaginer une suite à la création des Chupacs. Nous pouvons ainsi entrer au CFR et poursuivre le travail de Léna et Sliv ! Vertigineux, non ?!

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